Thierry Bièvre : “Eco-construire, c’est bien, mais éco-concevoir est indispensable pour les ménages”

Pour Thierry Bièvre, président fondateur du Groupe Elithis, « la nouvelle règlementation environnementale RE 2020 apporte de nombreuses avancées sur le plan de la construction, mais semble oublier l’usager comme bénéficiaire et au-delà ».

Réduire l’empreinte carbone des ménages et revaloriser leur pouvoir d’achat : c’est l’objectif de l’énergie positive. Habitants et élus doivent être en capacité d’identifier facilement les logements qui consomment peu ou pas plus d’énergie qu’ils n’en produisent et les projets immobiliers durables et engagés pour la planète grâce à un « affichage » accessible à la compréhension des utilisateurs.

Concevoir et construire des bâtiments à énergie positive, c’est imaginer des logements où les ménages ont, aussi, la possibilité de ne plus payer de facture énergétique. Selon l’observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), en 2018, 6,8 millions de personnes éprouvaient des difficultés liées à leur fourniture énergétique en France métropolitaine. Dès lors, il est essentiel que l’énergie gratuite que le bâtiment peut produire grâce à l’énergie naturelle (solaire, vent, géothermie) soit prise en compte. Selon le modèle Elithis, le bâtiment produisant son énergie renouvelable génère un complément de ressources pour les ménages (soit en substitution d’un fournisseur d’énergie, soit par la vente ou par revente du surplus). De cette façon, ils peuvent augmenter leur pouvoir d’achat tout en diminuant leur empreinte carbone.

Les collectivités ont également tout intérêt à tirer profit de l’énergie positive. Face à une diminution de leurs dotations, elles rencontrent des difficultés à assumer leur facture énergétique. Une ville moyenne de 30 000 habitants dépense chaque jour près de 5 000 euros dans la gestion de ses fluides (eau, gaz, électricité). Or, dans une construction à énergie positive, l’énergie produite par le bâtiment peut être auto-consommée, revendue et/ou permettre, par exemple, d’alimenter les bornes de recharges des véhicules électriques, de relever les infrastructures collectives comme une piscine municipale ou encore l’eau chaude collective de ses voisins. En interagissant, le bâtiment, trop souvent perçu comme une menace pour l’environnement, devient alors une solution et un relais.

La nouvelle réglementation environnementale RE 2020 apporte de nombreuses avancées sur le plan de la construction, mais semble oublier l’usager comme bénéficiaire et au-delà, comme levier. Les dépenses d’énergie d’un ménage dépassent les simples fonctions liées au « bâti » : le mode de vie, le parc électroménager, la bureautique familiale et le télétravail… sont à prendre en compte pour globaliser notre impact environnemental. Eco-construire est bien, mais éco-concevoir pour permettre à l’utilisateur d’agir sur un périmètre plus large est une nécessité. L’humain doit être placé au cœur du dispositif. L’énergie positive a le triple avantage d’augmenter son pouvoir d’achat, d’améliorer son confort et de réduire son empreinte carbone.

Les ménages ont besoin de repères clairs pour choisir leur logement. C’est pourquoi Elithis appelle à la création d’un label « utilisateur » visant à identifier clairement les constructions à énergie positive, c’est-à-dire les bâtiments s’inscrivant dans le temps et produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Comparable à l’étiquetage énergie déjà en place pour les appareils électroménagers qui permet aux consommateurs d’identifier les machines énergétiquement performantes, cet affichage répondrait aux besoins des ménages et conduirait à l’évolution de toute la construction pour un plus grand confort et une meilleure qualité de vie des usagers, dans le respect de l’environnement.